ÉPIGRAMME


ÉPIGRAMME
ÉPIGRAMME

ÉPIGRAMME

L’épigramme est le plus court des genres littéraires puisqu’elle consiste, selon l’étymologie, en une inscription . Ainsi l’entendaient les Grecs, qui en ornaient les tombeaux, statues, monuments, ex-voto. Les Latins furent les premiers à lui donner une destination satirique ou moqueuse. En France, c’est surtout à l’époque classique qu’à la faveur des polémiques et d’une certaine promotion de l’esprit l’épigramme s’est spécialisée dans l’attaque à bout portant jusqu’à devenir un genre poétique, une miniature de la satire. Escrime verbale où la brièveté est la meilleure des armes: tout le mérite de l’épigramme réside dans la façon de placer les coups et dans l’art d’enfoncer le trait final. Voltaire en a écrit de fameuses; Jean-Baptiste Rousseau et Lebrun (dit le Pindare français) en ont laissé des livres entiers. Piron en «éternuait» trois ou quatre tous les matins. Curieusement, l’épigramme semble tombée en désuétude depuis la mort de l’Ancien Régime: preuve qu’elle n’était pas seulement une affaire de tempérament, mais aussi l’expression d’une société.

épigramme [ epigram ] n. f. et m.
• fin XIVe, rare av. XVIe; lat. epigramma « inscription »; cf. épi- et -gramme
I N. f.
1Antiq. Petite pièce de vers.
2Mod. Petit poème satirique. L'épigramme de Voltaire contre Fréron. L'épigramme « N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné » (Boileau). Par ext. Trait satirique, mot spirituel et mordant. mot, raillerie, satire, 1. trait. « Il fut un temps où on savait se venger d'un bon mot par un autre bon mot, rendre épigramme pour épigramme » (Léautaud).
II N. m. (1858) Épigrammes d'agneau : petites tranches minces de poitrine, à manger grillées ou sautées. ⊗ CONTR. Apologie, compliment, louange.

épigramme nom féminin (grec epigramma, de epigraphein, inscrire) Chez les Anciens, courte inscription gravée sur un monument. Courte pièce de vers d'intention satirique qui se termine par un trait piquant. Littéraire. Trait mordant, mot satirique. ● épigramme (difficultés) nom féminin (grec epigramma, de epigraphein, inscrire) Sens Ne pas confondre ces trois mots de prononciation voisine. 1. Épigramme = poème satirique ; raillerie mordante. 2. Épigraphe = inscription sur un édifice (avec sa date, sa destination, etc.) ; inscription en tête d'un livre. aussi → exergue. 3. Épitaphe = inscription sur un tombeau. Genre Les trois mots sont féminins : une épigramme, une épigraphe, une épitaphe. Remarque Épigramme a été masculin jusqu'au XVIIe s. ● épigramme (expressions) nom féminin (grec epigramma, de epigraphein, inscrire) Pointe de l'épigramme, mot, trait piquant qui la termine. ● épigramme (homonymes) nom féminin (grec epigramma, de epigraphein, inscrire) épigramme nom masculinépigramme (synonymes) nom féminin (grec epigramma, de epigraphein, inscrire) Littéraire. Trait mordant, mot satirique.
Synonymes :
épigramme nom masculin (de épigramme) Morceau de poitrine d'agneau avec côtelettes, pané et grillé. ● épigramme (homonymes) nom masculin (de épigramme) épigramme nom féminin

épigramme
n. f.
d1./d ANTIQ Petite pièce de vers.
d2./d Petit poème terminé par un trait satirique ou mordant.
Par ext. Trait satirique ou mordant.

I.
ÉPIGRAMME1, subst. fém.
A.— [Chez les Anciens] Inscription en vers ou en prose gravée sur un monument. Inscription, c'est le sens même du mot Épigramme, l'acception littérale et primitive (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 7, 1863-69, p. 8) :
1. ... je lus dans je ne sais quel traité de la poésie grecque, l'épigramme funéraire d'Amyntor, fils de Philippe, qui mourut jeune...
FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 403.
B.— Petit poème traduit ou imité du latin. Et peut-être même aurais-je su attacher au tronc un tableau portant une épigramme votive en vers imités d'Ausone (FRANCE, P. Nozière, 1899, p. 252) :
2. Après cinq ans d'école, un élève avait lu deux fois Homère, presque tout Virgile, Horace expurgé, et pouvait composer de passables épigrammes latines sur Wellington ou Nelson.
MAUROIS, Ariel, 1923, p. 4.
C.— Petit poème satirique se terminant par un trait d'esprit. Un homme d'esprit fit là-dessus une épigramme de quatre vers qui fut trouvée piquante (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 349) :
3. L'épigramme et le madrigal emploient les jeux de mots; la comédie et l'épître familière ne les repoussent pas toujours; la farce et le vaudeville les recherchent, et souvent en abusent.
JOUY, Hermite, t. 5, 1814, p. 227.
P. méton. Trait satirique, mot spirituel. — Vous vous jetez sur les femmes comme sur des divans, dit-elle [Béatrix] en riant. — Il [Calyste] n'en est cependant pas à la doctrine des Turcs, répliqua Félicité, qui ne put se refuser cet épigramme (BALZAC, Béatrix, 1839-45, p. 185) :
4. — Oui, oui, dit Danglars en riant, il [l'air de la mer] doit lui être bon.
— Pourquoi cela?
— Parce que c'est l'air qu'elle a respiré dans sa jeunesse.
Monte-Cristo laissa passer l'épigramme sans paraître y faire attention.
DUMAS père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 104.
Rem. 1. La citat. de Balzac témoigne encore au XIXe s. d'une certaine indécision quant au genre du mot. 2. On rencontre ds la docum. a) Épigrammatiser (contre), verbe intrans. Composer des épigrammes contre quelqu'un. On sent une hâte d'échapper au magnétisme [des œuvres étrangères] dont ils vibrent encore plus qu'ils n'osent l'avouer chez Debussy et les jeunes musiciens qui épigrammatisent contre Wagner (MAUCLAIR, De Watteau à Whistler, 1905, p. 134). b) Épigrammatiste, épigrammiste, subst. Personne qui compose des épigrammes. Chez Byron épigrammatiste il n'y a pas plus de belle humeur proprement dite que d'enjouement léger et de badinage : il a un montant qui pique (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 7, 1863-69, p. 452). Le vieux Voltaire, cédant une fois encore, dans une lettre restée célèbre, à son incoercible esprit d'épigrammiste (P. MORAND, Confins vie, 1955, p. 14). c) Épigrammatif, adj. Qui se spécialise dans l'épigramme. Dites aussi à l'épigrammatif Le Brun que cette fois, ma sagesse (...) est sérieuse (VERLAINE, Corresp., t. 3, 1887, p. 343).
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1380 « inscription (sur un monument), épitaphe » (J. LEFEVRE, Trad. La Vieille, 8 ds T.-L.); 2. 1533 « petite pièce poétique (traduite ou imitée du latin) » (Les Epigrammes [...] par Michel d'Amboise, Paris, A. Lotrian et J. Longis d'apr. C. A. Mayer ds C. MAROT, Les Épigrammes, Introduction, pp. 10-11); 1538 plus gén. « petite pièce de vers, parfois satirique » (C. MAROT, loc. cit.); d'où 1611 « stance, couplet ou petit poème critiquant spirituellement une personne ou un défaut » (COTGR.); 3. 1623 « trait d'esprit piquant et satirique » (Le P. GARASSE, Doctrine Curieuse, pp. 969-970). Empr. au lat. class. epigramma, -atis « inscription, épitaphe » d'où « petit poème ». Sens 2 sans doute sous l'influence des poètes néo-latins d'Italie (cf. C. A. Mayer, loc. cit.). Le lat. est empr. au gr. , (mêmes sens), de « graver, écrire sur ». Bbg. LE HIR (Y.). Rem. de poét. à propos de Molière. In : [Mél. Henry (A).] Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1970, t. 8, pp. 135-140.
II.
⇒ÉPIGRAMME2, subst. fém.
CUIS. Épigramme d'agneau. Ragoût d'agneau au blanc :
Mais voici un menu. Comme entrées : poularde en blanquette, veau roulé aux champignons, épigramme d'agneau, — petits pois, — canard en salmis, suivis des chauds-froids : galantine de dinde, croustade de volaille, foie gras, pâté d'alouette; ...
PESQUIDOUX, Livre raison, 1925, p. 117.
Prononc. et Orth. Cf. épigramme1. Étymol. et Hist. 1608 (G. BOUCHET, Serées, livre III, 35e série, éd. C. E. Roybet, t. 5, p. 93 : c'est vostre capitaine Borguet qui m'a refusé de me bailler de vostre cuisine des Epigrammes, que trouviez si bons hier à vostre disner). Serait issu de épigramme1 d'apr. l'anecdote rapportée par G. Bouchet (op. cit., pp. 91-93) et selon laquelle un familier du roi assez ignorant des lettres aurait pris ce terme pour un mot désignant le mets qu'on servait au roi au moment où il exprimait son admiration pour des épigrammes qu'on lui avait apportées à lire.
STAT. — Épigramme1 et 2. Fréq. abs. littér. :334. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 986, b) 516; XXe s. : a) 204, b) 178.

1. épigramme [epigʀam] n. f.
ÉTYM. V. 1378, rare jusqu'au XVIe; lat. epigramma, proprt « inscription » (→ Épi-), et gramma (→ -gramme).
REM. Le genre d'épigramme est resté incertain jusqu'au XVIIIe s.; en français moderne, un épigramme est considéré comme une faute.
1 Anciennt. Petite pièce de vers; inscription sur un monument.
1 Ce livre mien d'épigrammes te donne,
Prince Breton, et le te présentant,
Présent te fais meilleur que la personne
De l'ouvrier même, et fût-il mieux chantant.
Clément Marot, Épigrammes, II.
2 L'épigramme, pour les anciens, était une petite pièce qui ne passait guère huit ou dix vers (…) C'était une inscription tumulaire, soit triomphale, soit votive ou descriptive; une peinture pastorale trop courte pour faire une idylle, une déclaration ou une plainte amoureuse trop peu développée pour faire une élégie; la raillerie y a aussi sa part, mais une part restreinte, tandis que dans les épigrammes modernes, elle est presque tout, et que c'est toujours le trait et la pointe finale à quoi l'on vise (…)
Sainte-Beuve, Constitutionnel, 4 janv. 1864, in Littré.
2 (1540). Mod. Petit poème satirique terminé par un trait piquant, un mot d'esprit. || Les épigrammes de Catulle, de Martial, de Marot, de Boileau, de Voltaire. || Faire une épigramme contre qqn. || La pointe d'une épigramme. || Une épigramme bien tournée, mordante, féroce, malicieuse ( Pasquin). || Épigramme monostique (d'un seul vers).
3 L'un peut tracer en vers une amoureuse flamme;
L'autre d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme (…)
Boileau, l'Art poétique, I (→ Aiguiser, cit. 16).
4 L'épigramme, plus libre en son tour plus borné,
N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné.
Boileau, l'Art poétique, II.
5 (…) on a une épigramme de Boileau, fort leste, sur les « six amants contents et non jaloux » (de la Champmeslé)
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 66.
3 (Fin XVIIe). Trait satirique, mot spirituel et mordant. Coup (de langue), mot, raillerie, satire, trait. || Envoyer, décocher, lancer des épigrammes. || Larder qqn d'épigrammes.
6 Les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées qui font une plaie profonde (…)
Montesquieu, Lettres persanes, CXXXVII.
7 (…) il entendait raillerie et il aimait à railler. Il y brillait même, et il avait le talent de l'épigramme. Quand on l'animait, il était bruyant et tapageur en paroles, sa voix s'entendait de loin.
Rousseau, les Confessions, VII.
8 Le reste de la conversation se passa en un feu roulant d'épigrammes lancées avec une verve intarissable sur d'autres renommées politiques et littéraires. Jamais Rivarol ne justifia mieux son surnom de Saint Georges de l'épigramme. Pas un n'échappait à l'habileté désespérante de sa pointe. Là passèrent tour à tour, transpercés coup sur coup, et l'abbé Delille, « qui n'est qu'un rossignol qui a reçu son cerveau en gosier » (…) et Roucher, « qui est, en poésie, le plus beau naufrage du siècle »; et Chabanon, « qui a traduit Théocrite et Pindare de toute sa haine contre le grec » (…) Chaque mot était une épigramme condensée qui portait coup et perçait son homme.
Sainte-Beuve, Chateaubriand, t. II, p. 135.
9 Il (Voltaire) enrôla tous les amours-propres dans cette ligue insensée; la Religion fut attaquée avec toutes les armes, depuis le pamphlet jusqu'à l'in-folio, depuis l'épigramme jusqu'au sophisme (…)
Chateaubriand, le Génie du christianisme, I, 1, 1.
10 Il fut un temps où on savait se venger d'un bon mot par un autre bon mot, rendre épigramme pour épigramme, et c'eût été passer pour sot que de se taire en s'enfermant dans une bouderie chagrine.
Paul Léautaud, le Théâtre de Maurice Boissard, XVII, p. 81.
CONTR. Apologie, compliment, louange.
DÉR. Épigrammatique, épigrammatiste, 2. épigramme.
————————
2. épigramme [epigʀam] n. m.
ÉTYM. 1608, G. Bouchet; d'après Guillaume Bouchet, de 1. épigramme, selon l'anecdote, par confusion d'un gastronome amateur de poésie, mais peu lettré.
Cuis. || Épigrammes d'agneau : côtelettes ou poitrine braisée, panée et cuite sur le gril.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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